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Blog mis à jour: 15/06/2009 16:57

A propos de l'auteur

Carnets de voyages, d'errances à travers le monde,accompagnés souvent de photographies, élaborés depuis une vingtaine d'années, écrits parfois dans des situations d'urgence, de fatigue ou au cours de transports en camions, en bus, en trains lents et chaotiques. Mabohème est une référence au poète Arthur Rimbaud, à Cendrars, aux écrivains voyageurs tels que Nicolas Bouvier ou Henry de Monfreid...

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   LIGNES AERIENNES AFRICAINES, ANNEES 80...  0 commentaire
[15/06/2009 16:55]

 

 Transversales et « côtières » des années 80

 

 Dans les années 80, les lignes aériennes internationales en Afrique étaient encore tournées vers l’Europe, vers l’ancienne puissance coloniale. En exagérant un peu, on pourrait dire que le mieux pour aller de Nairobi à Douala était encore de faire Nairobi-Londres, Londres-Paris et enfin Paris- Douala ! Les transversales étaient rares et la disparition d’Air Afrique a été durement ressentie par les usagers.

 A330_air Afrique.jpg

(Feu Air Afrique. Beaucoup de critiques mais tant de services rendus !)

 Aller de Tanzanie au Mali était un pari risqué. La seule bonne transversale est-ouest était alors assurée par Ethiopian Airlines dont la réputation était sans faille.

 ethiopian-airlines2.jpg

(Ethiopian Airlines, la transversale la plus fiable à l’époque. J’ai fait avec elle Daar-es-Salaam/ Bamako via Nairobi sans problème)

 

En outre, il y avait plusieurs « côtières » qui faisaient des sauts de puces de port en port du Maroc et du Sénégal au Zaïre et à l’Angola en longeant tout le golfe de Guinée.

 Les points d’arrêt de ces « côtières » dépendaient beaucoup de l’histoire coloniale ou de la géopolitique des années 8O : la TAAG, compagnie angolaise, privilégiait les pays d’expression officielle portugaise et de philosophie marxiste en se posant à São Tomé, Bissau et Sal au Cap Vert. Air Zaïre voulait montrer que le plus grand pays francophone d’Afrique était présent à Dakar, Abidjan, Cotonou, Douala. Royal Air Maroc assurait depuis Casablanca la relève de la garde à Libreville, Malabo et Conakry car les Présidents de ces trois Etats avaient choisi le Maroc pour assurer leur protection rapprochée. J’ai eu le plaisir et l’avantage d’emprunter ces trois « côtières », au moins sur un tronçon.

 

Compte-rendu :

 

AIR ZAIRE :

 DC-10 Air Za-re.jpg

(Une ligne à arrêts facultatifs)

 

On m’avait dit grand mal d’Air Zaïre, plus communément appelé Air Peut-être ou Air Jamais…Un de mes bons amis avait emprunté les lignes intérieures : le pilote recevait une somme globale d’argent en liquide pour les repas. A chaque étape, des petits marchands venaient sur le tarmac, au pied de la passerelle et le pilote faisait son marché. Il barguignait au mieux en essayant de concilier les intérêts des trois parties prenantes : les passagers qui se seraient révoltés s’ils avaient été à la portion trop congrue, les fournisseurs qui l’aurait boycotté s’ils avaient été trop pressurés et lui-même qui espérait bien garder une marge pour prix de ses talents de négociateur.

 Personnellement, je n’ai pas à me plaindre d’Air Zaïre. Mon avion est parti de Dakar à l’heure pile, s’est posé à Conakry et Abidjan et est arrivé à ma grande satisfaction à Kinshasa avec une heure d’avance !... Il avait simplement omis de s’arrêter à Douala, l’appareil n’étant pas pourvu comme les autobus d’un écriteau : « Sonnez pour le prochain arrêt ». Je pense que le pilote avait un rencart avec sa petite amie et qu’il était pressé. Moi, ça m’arrangeait. Pas les Camerounais, bien sûr !

 

TAAG :

 

L’Angola souffre. L’Angola est en guerre. Je vais de São Tomé à Luanda par la « côtière » lusophone. On s’applique à assurer un bon service malgré la rareté, les privations. Tout le monde sourit, mais un sourire grave.

 Sur l’aéroport de Luanda, spectacle inhabituel : des DCA, des chars lourds, des véhicules camouflés, des fils de fer barbelés, des tranchées et des sacs de sable, des pancartes à tête de mort qui annoncent des champs de mines…Des uniformes inconnus : ce sont des Cubains. Des avions peu familiers à l’œil occidental, des Antonov soviétiques notamment :

 Antonov AN-14.jpg

(Antonov AN-14 à atterrissage et décollage court pour lignes intérieures. 10 passagers)

 

Dans l’aérogare, beaucoup de mutilés mais pas la Cour des Miracles habituelle, pas seulement des polios ou des lépreux, des mutilés de guerre avec des prothèses de fortune. On ne mendie pas, on sent un peuple qui a forgé dans la souffrance un sens de la dignité et de la responsabilité. Les Angolais m’ont beaucoup impressionné.

 Antonow_an-24.jpg

(Antonov AN-24, deux turbopropulseurs, 44 à 52 passagers, années 70/80)

 

ROYAL AIR MAROC :

 

Cette excellente compagnie entretenait une « côtière » bien particulière. Indépendamment des régimes politiques (Guinée Equatoriale et Guinée Conakry avaient un penchant pour l’URSS mais pas le Gabon), la réputation des gardes marocains était si bonne que les Présidents de ces trois pays ne voulaient pas confier leur sécurité rapprochée à qui que ce soit d’autre. 

 

Il fallait bien assurer la relève de ces gardes : la « côtière » était là pour ça et prenait éventuellement des passagers supplémentaires pour remplir l’avion.

 Royal Air Maroc.jpg

(La RAM, Compagnie de mon cœur)

 

Pascale et moi, nous avons pris ce vol de Malabo à Dakar, de bon matin. Nous étions pratiquement seuls : pas de gardes partant en permission, pas de famille revenant d’une visite au soldat lointain. Nous avons commencé la journée par des oranges à la feuille encore bien verte cueillies à Casablanca la veille. Nous avons déjeuné comme des Princes avec Champagne : l’hôtesse attendait beaucoup plus de monde et voulait solder ses stocks !

 Les gardes marocains existent-ils encore ? Je ne sais pas. Nous resterons toujours fidèles à la RAM : notre dernier voyage est un Casablanca-Niamey en 2006. Réussi, quoique sans Champagne.

 

 Voilà l’histoire des transversales et des côtières des années 80, encore empêtrées dans les remous de la décolonisation et de la guerre froide.

 

Daniel Bas, 15 juin 2009.

 

 


   CHAMPIGNONS INDIENS...  0 commentaire
[21/05/2009 5:34]

Forteresse de Roopangahr, Radjahstan, Inde , 30 décembre 2000,

16 heures

 

Radjahstan 2000 022-3.jpg

 Imaginons un vaste château du XVIIe siècle au milieu d’un village à l’heure de la sieste. Une aile est convertie en hôtel, déserté aujourd’hui par les gardes et, depuis dix ans, par le maharadjah et sa cour. Cette nuit j’aurai à craindre les fantômes: je suis le seul client…

Dans la grande salle à manger, pendent des armures très anciennes aux cottes de mailles rouillées. Quelques tuniques médiévales exposées les unes à côté des autres sur une longue table basse, ont l’aspect affaissé de soldats endormis.

La suite royale où je réside résonne de roucoulements de pigeons. Il fait froid dans cette salle de musée encombrée d’un carrosse déglingué, d’un immense lit à baldaquin prévu sans doute pour une famille entière et de trois chaises à porteurs furieusement attaquées par les mites. Une large peinture sur soie représente Krishna soulevant d’un doigt une colline, sous l’œil médusé de centaines d’hommes, de femmes et de vaches.

Radjahstan 2003 (2) 005-5.jpg

21 heures

Les portes du château se referment une à une. C’est l’heure, je le sais, je le sens, où tout le personnel s’apprête à me quitter. J’entends des cliquetis de chaînes, de lourdes plaques de fer frottent sur les pavés. Silence. Cette fois je suis, moi, maharadjah de Roopangahr en fin de règne, prisonnier dans ma propre forteresse.

Le vent souffle dans les coursives. Il fait si froid que je n’ai plus qu’à me glisser sous une double couche de couvertures moelleuses. Les systèmes de fermeture des fenêtres et des portes sont cassés, rouillés, inopérants. Aucune crainte à avoir: Krishna ne soulève-t-il pas des montagnes au doigt et à l’œil devant des hommes qui l’admirent ? Des femmes qui le vénèrent ? …

En pleine nuit… Je me réveille en sursaut. Un vacarme inquiétant parcourt les escaliers extérieurs qui mènent jusqu’à ma chambre, au premier étage. Des coups insistants, désespérés sur une porte d’entrée du fort. Quelque part une fenêtre bat. Que suis-je venu faire un 31 décembre dans ce lieu sinistre, abandonné, tombé en ruine, alors que mes congénères heureux se regroupent, se retrouvent, se congratulent ?

Je me lève dans l’obscurité. Les pavés de la suite sont glacés sous mes pieds nus. Ma lampe…Où est ma lampe de poche ? La porte cogne par intermittence et le loquet ne tient qu’à un fil. Je tire sur le morceau de fer qui soutient un peu le battant …Je sens une présence non loin de moi…Je pense au vieil homme qui m’a ouvert ce matin l’huis historique à moitié détruit…Je pense à ce portier… Au fait, il sait que je suis seul …Je l’ai d’ailleurs aperçu faire des signes, des gestes à un vagabond dans la rue…Je marche sur l’esplanade mais trouve mon attitude un peu ridicule. Je reviens donc à ma couche, à tâtons et décide d’allumer la lumière. Oui, autant faire du bruit. Pour prouver ma présence. Ou faire croire que je ne suis pas seul. Je me retrouve dans mon lit tout froid et n’éteins pas immédiatement. Rien. Silence de nouveau. Allons, allons, du courage …et du sommeil !

Un peu plus tard une nouvelle cavalcade retentit dans les escaliers. Cette fois, j’en suis sûr, on se bat, on s’étripe, on se cogne à un meuble. Il y a quelqu’un …Je ne peux hurler …J’allume à nouveau. Ouvre la porte. Ne trouve pas l’interrupteur. Je n’entends que les rafales du vent. Je m’avance jusqu’aux premières marches et là…et là…quelque chose me glace le cœur. Je n’en peux plus d’émotion…Du sang ! Oui ! Des taches de sang par terre ! Des taches qui coulent vers la cour ! Quelqu’un est blessé …Il y avait donc bien une autre personne tout près de ma chambre …Elle perd son sang …Je reviens bouleversé vers mon sac et trouve ma lampe. C’est à ce moment-là que j’ai pu voir…les deux chats qui se poursuivaient !

En bas gisait un pot de peinture. Les deux bêtes s’étaient battues. Dans leur affrontement ou dans leur étreinte, elles avaient fait tomber le récipient. Un pot oublié, sans doute mal rebouché. Rassuré, heureux, fatigué, je me suis de nouveau allongé dans le grand lit du maître, certain d’avoir pu résoudre l’énigme de toute cette formidable agitation.

chat-noirG.jpg

 

31 décembre 2000, Roopangahr, matin

On vient d’apprendre qu’un ivrogne a essayé de pénétrer cette nuit dans l’enceinte du fort et qu’il s’est sérieusement blessé à la main aux piquants de fer. Il aurait tenté d’appeler mais le vent a emporté ses paroles dans le désert. Ses coupures seraient graves. Il aurait perdu beaucoup de sang. J’ai donc bien entendu un bruit de porte vers deux heures du matin… C’était le voleur… Ou le fou… Ou mon futur meurtrier.

Quand je parle au gérant des taches de peinture sur les marches de pierre, il éclate de rire, incrédule, et m’assure qu’il n’y en a jamais eu. Il me fait même remarquer, preuve à l’appui, qu’un bac de peinture ne pourrait pas tenir sur la rampe. Impossible ! J’en conviens. Mais je reste sur mes doutes. Il est temps d’oublier vite cette nuit de cauchemar.

- Only one is truth, mister Jac , the wind ! Yes! Too much wind this night !

Mais une pensée saugrenue me vient. J’ai mangé hier soir dans le village, une petite omelette aux champignons, parfumée d’épices inidentifiables.

Les champignons indiens sont-ils toujours bien honnêtes ?

 

 

 coldeport0709057go9.jpg                         

                         ( Merci à "brigitte.oldiblog.com/" )                              

                   

                          JAC, le 21 mai 2009

 


   LE CRATERE DU NGORONGORO  0 commentaire
[17/05/2009 12:29]

 

25 mars 1997, Ngorongoro Wildlife Safari Lodge, Tanzanie,

 

54580007-2.JPG

 

   L’hôtel est très beau, immense baie vitrée, soutenue de bois et de pierres, écran géant offert sur la caldeira. Dans la cavité magique vivent les lions, les léopards, les buffles, les hippopotames et les gazelles qui vont mourir ce soir.

   Les lions sont allongés paresseusement dans les herbes. Une famille boit dans un cours d’eau. Bien sûr les éléphants. Bien entendu les gnous, les gazelles et le léopard allongé sur une branche et qui croit que personne ne l’a vu. Evidement les hippopotames aux gros culs de fermières nourries à la crème fraîche…soufflant, pétant, chiant des bouses gigantesques sur les museaux des copines enrhumées. Mais les Masaïs ! Les Masaïs ! Comment peuvent –ils vivre ainsi dans la poussière entourés de félins, enveloppés de rouge, armés d’une lance et d’une massue, marchant sans fin par les plaines, gardant les troupeaux aux odeurs fortes,  dormant à même le sol dans des villages circulaires construits de branchages d’épines pour empêcher l’incursion des fauves ? Nomades assoiffés, sans argent, épris de liberté exigeante, au prix de souffrances pour les yeux pleins de glaucomes des enfants, de blessures mal cicatrisés aux jambes, de recherches désespérées d’eau par la nature aride…

   Sur la piste ocre que bordent les talus d’un vert intense, marchent les Masaïs infatigables, drapés de dignité et de tissus nécessairement rouges, lobes d’oreilles troués par des anneaux d’or,  crâne rasé à l’extrême. Dans un dénuement extrême.

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                               JAC, le 17 mai 2009

 

 

 

                             

                

 

 


   GABON,1982, (3) - Chez le chef Okélé...  0 commentaire
[12/05/2009 9:34]

 

 (Le blog est désormais ouvert à mon cousin de coeur, Daniel Bas dit Chedozot, amoureux des éléphants, des hippopotames, de l'Afrique et sensible aux sourires bienveillants...)

 

 

 

Chez le chef Okélé: neige et Champagne chaud sous l’équateur

 

 

Nous avons amarré notre embarcation au ponton, près d’une petite plage de sable fin. Il y avait là quelques pirogues qui témoignaient d’un va-et-vient sur cette île. Un chemin d’une centaine de mètres en montée douce conduisait à la maison du chef Okélé, en position dominante. Le chef, un homme aux cheveux blancs, se tenait bien droit devant sa porte, en haut d’une dizaine de marches de bois et regardait s’avancer les visiteurs sans broncher. Devant nous, un jeune homme s’était prosterné en bas des marches avant de lui adresser la parole sur le ton de la sollicitation : d’un geste large et bienveillant, le chef semblait avoir consenti à sa demande.

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(Le chef Okélé attend en position dominante visiteurs et solliciteurs. Photo Pascale Bas)

 

Puis, ce fut à mon tour de présenter du bas des marches  notre requête: un abri pour la nuit. Sans me prosterner, je le fis avec beaucoup de respect et de considération, ce qu’il apprécia manifestement : « Vous avez ici trois cases de passage, choisissez, mettez-vous bien à l’aise, soyez les bienvenus, vous donnerez ce que vous voudrez… ». Et il se retira derrière les lanières plastiques multicolores  et bruissantes de sa porte d’entrée…

 

Nous avons alors pris possession d’une chambre impeccablement propre, avec moustiquaire. Nous avons acheté des bricoles à manger dans la petite épicerie que tenait la famille Okélé. Nous avons regardé la nuit tomber sur le fleuve. Le spectacle était magnifique, Pascale était ravie, Sandie était aux anges. Puis, à notre grande et agréable surprise, le chef et son épouse sont venus nous inviter à passer la soirée chez eux. Devant des « sucreries » (on appelle ainsi en Afrique de l’ouest et du centre les Coca, Fanta et compagnie), nous avons aimablement devisé de choses et d’autres sur fond de ronronnement monotone des pales d’un vieux ventilateur.  

 

Mais un élément inattendu est venu animer la soirée : parmi les souvenirs accrochés aux murs de la pièce, il y avait un vieux calendrier des postes françaises illustré d’une vue du Mont Blanc. Que venait faire ici, sous l’équateur, ce vieux calendrier ? Comment avait-il atterri sur cet îlot, au bout du monde ? Toujours est-il que le chef Okélé y tenait beaucoup. Il l’a décroché, soigneusement dépoussiéré, a contemplé l’image avec amour, puis nous a confié l’un des grands regrets de sa vie déjà longue : ne jamais avoir vu la neige, rencontré la glace… Et soudain pris de passion, il nous a demandé, supplié de lui expliquer la neige et le gel. Il voulait au moins comprendre avant de mourir…

calendrier5 copier.jpg

(Le Mont blanc sous l’équateur, tout au bout de la tournée du facteur)

 

Alors, nous avons senti qu’il fallait faire un effort spécial pour récompenser cet homme de son hospitalité, nous nous sommes décarcassés pour marquer durablement notre passage… Nous avons mis en mouvement tous les sens : la neige est belle car elle simplifie les lignes. La neige crisse sous les pas. La neige assourdit tous les bruits. Le contact de la neige engourdit, puis il y a un coup de fouet, le sang circule, la peau brûle, les oreilles des Blancs rougissent. La neige se met en boule. La neige fond dans la bouche. Les flocons de neige, c’est comme du coton très froid. Et la glace, monsieur Okélé, vous connaissez bien les glaçons de votre vieux réfrigérateur à pétrole… Eh bien, imaginez une couche uniforme de glaçons qui vont de votre porte jusqu’au ponton où accostent les pirogues. Attention ! Sans chaussures à clous, vous glissez sur les fesses jusqu’au fleuve. Entendez-vous le bruit cristallin des crampons sur la glace ?

 

Comment imaginer tout ça dans un pays où il peut faire 45 degrés à l’ombre !

 Ogoou- nuit.jpg

 

(La nuit tombe sur le fleuve Ogooué…Imaginez ce spectacle sous la neige…)

 

Nous avons réussi ! Monsieur Okélé, captivé, a si bien compris ce qu’était la neige et en a tiré tant de joie qu’il a voulu marquer l’événement. Il est allé chercher je ne sais où une bouteille de Champagne qu’il a débouchée sans précaution : la moitié du liquide a jailli de manière impétueuse et nous avons bu sans sourciller le reste, bien chambré, à la température de la pièce…Que du bonheur ! Le lendemain, avant de prendre congé chaleureusement, le chef a bien voulu poser pour la postérité à côté de Chedozot, les deux hommes étant cette fois-ci sur la même marche de l’escalier : un magicien de la neige et de la glace, ça prend vite l’ascenseur social sur le fleuve Ogooué !

 Gabon oqu-l-004.jpg

(Chedozot, maître du froid, s’est hissé à hauteur du chef chaleureux. Photo Pascale Bas)

 

 

Daniel Bas

11 mai 20

 

 


   GABON (2) : FRISSONS RETROSPECTIFS...   0 commentaire
[12/05/2009 5:42]

 

 Frissons rétrospectifs d'un "aventurier"...

 

Pascale dit souvent qu’elle a été séduite par mon côté intrépide d’aventurier… Aventurier ? Moi ? C’est une plaisanterie ! Personne n’est plus organisé, minuté, prévisionniste, prospectiviste, planificateur, calculateur, futurologue, chronologue et chronopathe que moi ! J’ai avalé un chronomètre et un agenda tout petit, j’ai inventé et breveté le principe de précaution et les assurances tous risques! Si j’ai dérogé à mes habitudes prudentes pendant ces trois jours d’expédition sur le fleuve Ogooué, c’est sans doute que les premiers vertiges de l’amour m’aveuglaient !...

 

Quand j’y repense aujourd’hui, un quart de siècle plus tard, ça me fait froid dans le dos : à 50 ans, responsable d’une jeune fille de 25 ans et d’une gamine de 7 ans, j’ai confié nos vies à des inconnus dans des endroits perdus où personne n’aurait pu nous retrouver s’il nous était arrivé quelque chose, j’ai emprunté des moyens de transport ne connaissant ni assurances, ni règles de sécurité, je nous ai fait affronter serpents et hippopotames, manger des nourritures bizarres... Oui, j’en ai des frissons rétrospectifs ! Mais les Africains nous ont protégés, ils aiment bien les « paumés ».

 

Reprenons dans l’ordre la série des aventures: nous voici donc sans gîte avec le jour qui décline, le froid  qui gagne, la petite Sandie qui commence à s’inquiéter et une grève sans préavis sur les bras. Je ne négocie pas, je gueule : j’ai la chance d’être doté d’une voix forte assez impressionnante, appuyée par une gestuelle menaçante comparable à celle du gorille mâle dominant dont l’autorité est contestée. Beaucoup de gens s’y trompent et jugent prudent d’éviter un combat avec moi qui s’annonce redoutable et perdu d’avance alors qu’une simple pichenette m’enverrait à terre ! Mes deux jeunots rentrent vite dans le rang et nous conduisent là où je leur dis d’aller, c’est-à-dire au premier village de forestiers où l’on peut déjà distinguer les premiers feux qui s’allument pour cuire le dîner et se protéger du froid et des prédateurs nocturnes.  L’accueil s’organise vite : de braves gens, Joseph et Joséphine, nous ouvrent leurs bras et leur foyer.

Gabon oqu-l-001.jpg

(Au centre, Joseph. A gauche, un voisin forestier. Sandie a trouvé du sable pour jouer)

 

Joséphine prend les choses en main, pile, touille, fait bouillir la marmite, fait chauffer de l’eau, en remplit une grande cuvette qu’elle place dans un petit enclos au fond du jardin, donne ses instructions à Pascale: « Il faut laver l’Homme » dit-elle. J’ai mis un H majuscule à Homme et je l’ai souligné pour mieux rendre l’emphase avec laquelle Joséphine a parlé de ma précieuse personne destinée à être quotidiennement ointe et honorée. J’ai trouvé bien agréables les moeurs locales mais n’en ai pas abusé.

 bain de l-homme 1.jpg

 

 

(On lave l’Homme. Dessin de Pascale, flatteuse sur la maigritude de Chedozot)

 

C’était la première fois mais non la dernière qu’une Africaine m’appelait : l’Homme.  J’ouvre ici une parenthèse: en 1984, nous avions trouvé le gîte et le couvert chez des bonnes sœurs, au « Lac aux Oiseaux » du Burundi, à la frontière du Rwanda. Petit déjeuner enchanteur sur une terrasse qui domine le lac. Une petite sœur toute jeunette, toute ravissante, toute timide, nous sert avec des gestes mesurés, les yeux baissés. Elle se refuse à me regarder et à m’adresser directement la parole. Elle s’enquiert de mes besoins et de mes désirs par Pascale interposée et parle de moi à la troisième personne : « L’Homme veut-il encore du café ? L’Homme a-t’il assez de lait ? L’Homme a-t’il suffisamment mangé ? L’Homme a-t’il encore faim ?» demande-t’elle à Pascale qui transmet : « As-tu encore faim, Daniel ? ». Je ne sais pourquoi, l’image du lion de la XXth Century Fox me vient à l’esprit et je rugis : « Rroar… J’ai faim ! ». Terrorisée, la petite sœur s’enfuit et revient dix minutes plus tard les bras chargés de victuailles que je me ferai un devoir d’engloutir pour entretenir ma légende…

 

Je ferme la parenthèse et reviens à nos Gabons…Notre présence dans ce hameau de forestiers n’est pas sans attirer l’attention et parfois la convoitise. Un voisin insiste pour emmener Pascale en camion dans la forêt voir de grands singes en liberté. Il n’y a qu’une place dans la cabine, dit-il, et c’est trop inconfortable pour un citadin de mon âge…C’est Pascale et Pascale seule qu’il veut emmener. Joseph est d’avis de refuser : « Il ne vous arrivera rien, dit-il, aussi longtemps que vous resterez chez moi ». Effectivement, Joseph et Joséphine nous offriront leur chambre et dormiront à même le sol en travers de la porte d’entrée pour prévenir toute intrusion nocturne indésirable…

 

Remerciements, cadeaux, effusions, nous nous séparons au petit matin de nos hôtes, retrouvons nos piroguiers apaisés et partons pour une merveilleuse journée sur l’eau :

Ogou- Sandie.jpg

(Chedozot et sa fille Sandie sur le fleuve Ogooué en 1982. Photo Pascale Bas)

 

Plus aucun repère de temps et de lieu. Des méandres, des îles désertes où nous accostons, des lacs immenses, de la végétation luxuriante, des oiseaux multicolores et multisonores, des insectes grouillants et grignotants, des trains de grumes à la dérive, des pélicans, des toucans, des singes filiformes et aériens…

 

Mais surtout une rencontre marquante : un troupeau d’hippopotames pressés, vingt, trente, un véritable banc d’hippopotames tenant la largeur du fleuve nage furieusement face à notre fragile embarcation. Rien ne les arrête, rien ne les ralentit, ils semblent se rendre à un rendez-vous important, un congrès sans doute…Nous les évitons de justesse mais, près de nous, une autre pirogue lancée à pleine vitesse percute violemment un hippo, tangue, zigzague et reprend difficilement sa trajectoire. L’hippopotame, lui, semble n’avoir rien senti : il a rendez-vous, rien ne peut l’en détourner, il poursuit sa route sans une seconde d’hésitation, sans un regard pour les microbes qui l’ont arraisonné… Demain au congrès, il s’étonnera tout au plus d’une petite ecchymose…

Hippo.jpg

(D’accord, ça ne mange que de l’herbe… A ne fréquenter cependant qu’avec modération et en gardant ses distances…)

 

 

Nous, après être sortis des remous provoqués par ce passage d’un véritable paquebot sur le fleuve, nous nous en tirons avec plus de peur que de mal. Et ma légende d’ « aventurier » s’enrichit d’un haut fait d’intrépidité !

 

Aventurier ? Déconnecté des réalités ? Pas tout à fait : l’Education nationale m’a poursuivi jusqu’au fond de la forêt dense ! Ce jour-là, ma fille avait emporté son cahier de devoirs de vacances et nous avons bien fait une heure d’arithmétique sur la pirogue. Elle a aimé, ça changeait des robinets et des baignoires: « Un banc d’hippopotames remonte le fleuve Ogooué à la vitesse de 30 Kilomètres à l’heure. A douze kilomètres de là, une pirogue descend le fleuve à 15 kilomètres à l’heure. Le banc et la pirogue vont se rencontrer où et quand ? ». Que du plaisir ! Mais nos jeunes piroguiers ont écarquillé les yeux d’ahurissement. Bizarres, ces indigènes de France qui viennent faire du calcul au cœur de la forêt équatoriale…

 

Le soir tombe. « Il y a bien un chef de village qui règne sur toutes ces îles et campements ? Je veux voir le chef ». Les jeunes piroguiers qui ont abandonné toute humeur revendicative, nous conduisent chez le vieux chef Okélé.

 

A demain, pour de nouvelles aventures… Gabon (3) : « Chez le chef Okélé : neige et Champagne chaud sous l’équateur »

 

 Daniel Bas  dit Chedozot, 8 mai 2009.

 


   GABON, 1982 : 1- Lambaréné et le fleuve Ogooué  0 commentaire
[11/05/2009 16:48]

 

1 - Lambaréné et le fleuve Ogooué

 

Lambaréné est à trois heures de route de Libreville. C’est une petite ville d’environ 10 000 habitants à cheval sur une île et les rives du fleuve Ogooué qui, à cet endroit, s’élargit en un vaste delta intérieur d’eau douce, véritable labyrinthe parsemé d’îles et de lacs. C’est un univers gorgé d’humidité, de vie grouillante, de végétation exubérante, d’odeurs de moisissure et d’huile de palme. Les couleurs dominantes sont le vert foncé des arbres gigantesques, le brun des grands troncs d’okoumé qui dérivent sur les eaux argentées du fleuve.

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(Carte du Gabon)

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(Le fleuve Ogooué, ses méandres, ses îles)

 

C’est à Lambaréné que repose Albert Schweitzer, un homme à la biographie particulièrement riche et complexe : né allemand en 1875, il deviendra français après le retour de l’Alsace à la France. Il cumule les titres de docteur en philosophie, en théologie et en médecine. Il est à la fois pasteur protestant, médecin et musicien. Il lui sera décerné le prix Nobel de la paix en 1952. Il est surtout célèbre par son hôpital de Lambaréné et l’idée maîtresse qui sous-tendait la vie de l’institution : les familles devaient y avoir libre accès et même pouvoir y camper, le patient ne devait pas se sentir arraché à son environnement habituel, le personnage central était le malade et non le médecin.


Le dispensaire s’est étendu mais on a conservé les premiers bâtiments du début du XXème siècle (1913) que l’on peut visiter ainsi que l’appartement du docteur transformé en musée.

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(L’hôpital de Lambaréné vu du fleuve Ogooué)

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(Le fleuve Ogooué vu de l’hôpital de Lambaréné)

 

De ce voyage, je garde un souvenir particulièrement vif et tendre : c’était mon premier périple en Afrique avec Pascale, la fille de mon plus vieil ami d’enfance, qui devait devenir ma femme cinq ans plus tard. J’avais alors en charge ma fille Sandie, sept ans, et Pascale était la meilleure baby-sitter qui soit : imaginative, perceptive, créative, jamais en retard d’une idée magique pour intéresser l’enfant et l’entraîner dans des contes fantastiques où évoluaient hippos, pélicans, aigles et caïmans…Quel ravissement pour la fillette, quel soulagement pour le père stressé !

 

Pascale a tout de suite adoré l’Afrique. Eminemment adaptable et empathique, elle a été adoptée par les Africains. Rien de nouveau ou d’étrange ne la rebutait : manger du crocodile ou de la gazelle comme à Lambaréné ou, plus tard, de l’éléphant faisandé et du serpent en Centrafrique ou l’œil de la tête de mouton (grande faveur réservée aux hôtes de marque) au Mali ne lui faisait pas peur. Elle m’a beaucoup aidé à savourer mon immersion sur ce continent et à y aimer les gens. Ses yeux d’artiste ont attiré mon attention sur une foule de jolies choses que ma myopie avait négligées. Ses souvenirs ravivent aujourd’hui les miens.

 

Donc, nous nous sommes rendus en bordure du fleuve, là où on laisse sa voiture pour prendre une pirogue à moteur après d’âpres négociations sur le prix.  Nous avons porté notre choix sur deux jeunes garçons, l’aîné, Jean-Luc, ayant au plus quinze ans. Et nous sommes partis vers l’aventure pour trois jours…

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Oui, vraiment à l’aventure, sans plan, sans savoir où et quand manger ou dormir. Nos piroguiers ont commencé à faire preuve d’indiscipline, chargeant et déchargeant des passagers supplémentaires sans notre accord pour arrondir leur recette. Ils se sont vite révélés de piètres guides, plus intéressés par leur opération juteuse de tramping que par nos instructions. Nous avons accosté sur plusieurs îles surprenantes: l’une d’elles était habitée par un personnage solitaire énigmatique, un ermite intéressant mais farouche et peu engageant. Une autre était inabordable, surpeuplée d’hippopotames. Sur une autre, une mission où nous espérions pouvoir coucher était complètement à l’abandon, les bâtiments en ruine étaient la proie d’une végétation vorace, le silence, interrompu seulement par de subtils glissements de reptiles, faisait presque peur. Tout ceci était intrigant, envoûtant, fascinant, effrayant. Nous y avons fait connaissance avec une petite merveille de la nature, la carambole, fruit exotique jaune orangé à côtes saillantes, à tranche étoilée, à saveur acidulée.

 

Déjà, au loin, des feux s’allumaient sur les berges du grand lac. La nuit tombe vite, en Afrique, et avec elle le froid sur le fleuve…La petite Sandie commençait à s’inquiéter. C’est le moment que choisirent nos piroguiers pour se mettre en grève et réclamer une rallonge au prix convenu… La suite demain…

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(Carambole à maturité)

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(Carambole. En haut, la tranche étoilée)

 

Demain : Gabon (2) : Frissons rétrospectifs d’un « Aventurier »

 

 Daniel Bas, 7 mai 2009.

 

 



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