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Blog mis à jour: 09/02/2010 11:04

A propos de l'auteur

Carnets de voyages, d'errances à travers le monde,accompagnés souvent de photographies, élaborés depuis une vingtaine d'années, écrits parfois dans des situations d'urgence, de fatigue ou au cours de transports en camions, en bus, en trains lents et chaotiques. Mabohème est une référence au poète Arthur Rimbaud, à Cendrars, aux écrivains voyageurs tels que Nicolas Bouvier ou Henry de Monfreid...

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   CADAVRE DANS LES TOILETTES   0 commentaire
[09/02/2010 10:54]

 

MEMOIRES D'UN PROF (9)

 

Le lycée franco-saoudien de Riyad était une immense villa blanche d’une quarantaine de pièces aménagées en salles de classes. Tous les niveaux scolaires étaient représentés, depuis la Maternelle jusqu’à la Première. Robert Millet y était instituteur depuis plusieurs années. Sportif, ouvert, orateur convaincant, très apprécié des enfants, des collègues, des parents et surtout des autorités consulaires.

Il est 13 heures. Robert prépare son matériel pour le cours d’anatomie qu’il s’apprête à donner en CE2. Il relit une dernière fois ses notes, vérifie son sac et n’oublie pas « Casimir », le squelette en plastique.

        1109897212W4ab3l.jpg

(Casimir, compagnon certes sympathique mais un peu encombrant.)

Il a bien l’intention de s’arrêter aux toilettes mais celles des garçons sont malheureusement occupées. Il ne voit aucun inconvénient à utiliser celles des filles et dépose Casimir contre une porte. Le temps passe. Quand il entend un bruit de pas, il décide d’abréger son séjour, reprend son corps humain sous le bras, entre en classe, dépose son attirail et réorganise un peu l’espace pour être au plus près des enfants.

C’est l’heure. Les écoliers pénètrent dans la pièce. Au beau milieu de la salle Casimir attire les regards. Le maître prend sa baguette et répond aux multiples questions. Le cours est animé, comme toujours.

Soudain le portail d’entrée du lycée s’ouvre. Robert voit passer au pas de charge des personnalités qu’il ne connaît pas. Puis il aperçoit, un peu en retrait, monsieur l’ambassadeur, en grande conversation avec le Proviseur. Tous affichent la mine déconfite des mauvais jours.

Monsieur l’instituteur tente de reprendre le fil de son discours, énumère les os du bras, invite les petits à compter les phalanges. « Il en manque une », remarque judicieusement un observateur. Il est vrai que Casimir n’est plus tout jeune. « Il a fait la guerre », commente le pédagogue, soucieux de maintenir un équilibre entre apprentissage et bonne humeur.

Mais, tout en écrivant au tableau, le professeur voit bien que cette agitation dans la cour n’est pas normale. Les responsables lèvent les bras au ciel. On s’interroge. On tergiverse. Il ne comprend pas pourquoi le groupe entre dans les toilettes.

C’est à ce moment-là qu’il fait la relation entre le squelette et les cabinets. Il devine que l’émotion générale provient de l’endroit où il a séjourné il y a quelques minutes.

Robert Millet n’y tient plus. Il demande aux enfants de rester sages et quitte sa classe pour rejoindre l’attroupement.

Le chef lui expose rapidement les faits : une petite fille affirme avoir vu un cadavre gisant dans une mare de sang, un couteau planté dans le dos. Aussitôt elle prévient ses parents. Affolés ils alertent l’ambassadeur…Celui-ci appelle le Proviseur. Après une visite des lieux, il ne constate la présence d’aucun corps. Question du représentant de l’état : hallucination ou quelqu’un a fait disparaître le mort ?

Tout s’éclaire à présent dans l’esprit du maître d’école. Confus, il bafouille, s’empêtre dans sa propre version  de l’affaire. Pour mieux expliquer la peur et l’affabulation de l’enfant, il invite les autorités dans son cours, montre le squelette puis évoque l’historique de son envie pressante.

Toute l’assemblée part alors d’un formidable éclat de rire libérateur.

Cette histoire s’est passée il y a 22 ans. Elle a fait le tour de Riyad.

A l’heure où je couche ces lignes, on doit sans doute encore en rire dans les (modestes) chaumières saoudiennes.

 

 

                                 JAC, le 9 février 2010

 


   LA ROUTE D' HARAR  3 commentaires
[07/02/2010 11:51]

 

HARAR (1)

 

5 janvier 2006, la route de Harar, Ethiopie,

      50330002-3.JPG

   La ville d’Awash est un amoncellement de tôles tordues, de charrettes, de tas de briques, de sachets en plastique. Endormis la gare, les hangars, les regards, le chef de gare…

Colonie de babouins qui traversent la route comme des voleurs en fuite.

Quelques phacochères les imitent.

Des femmes Afars demandent de l’eau. Nous leur en donnons une dizaine de bouteilles pleines, soigneusement préparées par Hassan. Elles se les arrachent et se battent.

Plus loin une énorme tortue, en plein milieu de la route. Trente ou quarante ans d’âge. Cinquante kilos au moins. Nous la poussons avec difficulté vers le bord de la chaussée.

        83670023.JPG

Une gazelle passe.

Les Afars armés de Kalachnikovs.

Troupeaux de dromadaires dans un sentier. Le chamelier, fusil en bandoulière, salue.

Les rassemblements de nomades sont de plus en plus nombreux, de plus en plus denses.

Beaucoup de camions arrêtés, n’importe où, souvent en travers de la route, chargent, déchargent caisses, vélos, moutons, veaux, vaches, enfants, caisses, moutons, sacs de farine.

Des villages colorés. Chameaux.

Jolis voiles orange des femmes.

Une vingtaine de chèvres attachées sur le toit d’un bus.

La route longe consciencieusement la ligne de chemin de fer, direction Djibouti.

Un char soviétique, détruit, abandonné, au sein d’un village.

A l’embranchement d’Asebot, un deuxième char, tourelle éventrée, canon sectionné. Des enfants rieurs jouent à la guerre et nous fusillent de leurs bouts de bois.

Points d’eau où les bêtes s’abreuvent.

Guluffa.

Des vautours, des aigles se battent pour une carcasse.

Petits villages de huttes circulaires, en terre battue, toit en paille séchée, terminé par une pointe étonnante.

Longue caravane de chèvres, de zébus, de dromadaires, dirigée par des femmes couvertes de châles colorés.

Mieso.

Bourg Afar. Jolie mosquée au minaret ocre, puissant, ventru.

Soif. Lèvres sèches.

10 h 20

Hoosai

La route s’engage, montagneuse, vers Asebe Teferi. Multiples plantations de khât sur les versants des collines.

Caravanes de chameaux, partout dans la montagne. Des cohues d’ânes et de mulets passent une rivière à gué.

       35640065-1.JPG

Asebe Teferi.

Village agréable. Hôtel Ashalew. Apparemment propre. Eventuellement pour le retour. Thé fort à la cardamome.

Des colonies d’ânes chargés de bidons d’eau prennent toute la largeur de la route. Gros cul poussif.

Arbeerekati : 2175 mètres d’altitude.

Des marcheurs de la soif traversent la route sans regarder. Pire qu’en Inde.

Une hyène écrasée sur l’asphalte. Gueule et plaies ouvertes.

Route de crêtes.

A Hirna, un homme veut se jeter sous nos roues. Il est ceinturé, maîtrisé par trois policiers.

Maintenant que nous sommes en altitude, les chameaux et les Afars ont disparu.

Chelenko.

Nom d’une bataille célèbre remportée par Ménélik qui étend son empire sur Harrar, 1886.

Lambas colorés des femmes : mauves, orange, violets, beiges, jaunes, verts, bordeaux, roses, émeraude, jaune citron, blanc crème, fuchsia, ébène, citron vert, melon, pastèque, pomme, mandarine, pistache, colza.

Harar, 80 kilomètres.

Des paysans battent le blé au fléau.

2250 mètres d’altitude.

Kulubi.

Joli minaret jaune, pointe verte.

Harar, 58 : dans 30 kilomètres, jonction Dire Daoua- Somalie.

Un enfant utilise une calebasse ronde comme brouette : il a fait passer un essieu de bois aux pôles, relié à deux bras.

Toutes les parcelles de terre sont cultivées. Les montagnes sont couvertes de rectangles de couleurs. Villages blottis près des fleuves, sur les vallons..

Des femmes harraris portent des brassées de bois. Des ânes, même sort. Mais moins chargés. Tout le monde porte quelque chose.

Belle mosquée, minaret filiforme, blanc, chapeau bleu.

Jonction. Le cœur battant.

Harar, 28 kilomètres.

Beaucoup de 404 Peugeot « commercial », bâtées de roues jusqu’au toit. On croirait entrer dans Marrakech.

Nous arrivons, cette fois, ça y est, dans la ville mythique…

Je ne peux réprimer un sanglot en descendant de voiture…

 

L’amour infini me monte dans l’âme à respirer, bouleversé, les effluves de menthe fraîche.

         20740022.JPG

 

                          JAC, le 7 février 2010


   LE REPAS DES HYENES  1 commentaires
[06/02/2010 13:39]

HARAR (2)

 

6 janvier 2006, Harar, Ethiopie

 

 

        359.JPG

                       (Merci à www.cortour.com) 

Leurs yeux se reflètent dans les phares des voitures. Pénombre que l’on sent grouiller d’une véritable meute. Hassan est prié de laisser ses lumières allumées. L’homme est assis sur le sol. Il présente à l’animal dominant un premier morceau de viande au bout d’un bâton, puis il raccourcit la distance en cassant à chaque fois un petit morceau de bois. La hyène le saisit avec assez peu de délicatesse…Les autres arrivent, les unes derrière les autres. Lentement, avec beaucoup d’hésitations : la hiérarchie doit être respectée. Certaines bêtes, énormes, pouvant peser jusqu’à 8O kg, s’approchent de nous…C’est une erreur sans doute…Je me précipite vers la porte de notre véhicule.

   Il y a plusieurs siècles, une terrible famine s’est abattue sur les habitants de la ville. Les hyènes s’y introduisaient la nuit pour dévorer les mourants. Un homme, inspiré par Dieu, résolut de débarrasser Harar de ce fléau, en nourrissant lui-même les terribles prédateurs, chaque jour, à l’une des portes de la muraille. Cette tradition s’est perpétuée jusqu’à maintenant. Celui qui donne à manger à ces créatures diaboliques est un descendant du sauveur de la cité. Il habite près de la porte d’Erer.  L’atmosphère est impressionnante. Même un chat, un tout petit chat, au milieu de la meute, attend son heure pour happer un souvenir de bout de gras et ne semble pas craindre la force phénoménale des mâchoires des monstres.

   Un grand froid dans le dos. Je connais l’existence de cette coutume depuis mon enfance. Elle me faisait rêver alors. Aujourd’hui je ne sais trop quoi en penser. Je suis, pour tout dire, très contrarié par ce Japonais qui se fait photographier à un mètre de la gueule hideuse, au risque évident de se faire dévorer un bras et surtout de contribuer à rendre cette pratique touristique.

 

 

                          JAC, le 6 février 2010

 


   DIMANCHE APRES-MIDI A HARAR  0 commentaires
[05/02/2010 11:56]

 

HARAR (3)

 

8 janvier 2006, Harar, Ethiopie,

 

   Dimanche, début d’après-midi à Harar. Une musique locale traditionnelle quelque part, des moteurs de taxis au ralenti, des chèvres qui tentent de subtiliser une ou deux feuilles de khât aux vendeuses oromos installées à même le sol, sur la place dite du « marché chrétien ». Des échanges de coups ici ou là. La ville s’endort pour une sieste inévitable.

            ETHIOPIE - (3) janvier 2006 026-3.jpg

                               (Bar vide à Harar, à l'heure de la sieste.)  

Dimanche à Harar. Rien à faire. Rien à dire. Alcool par-ci, khât par là. Fous en liberté, lépreux posés par terre, recroquevillés dans leurs guenilles, la maison de Rimbaud fermée, les enfants qui m’interpellent grossièrement : « You ! Frango ! ». Il reste, malgré tout ce temps hanté par la mort, qu’Harar est d’une formidable beauté, faite de teintes ocre, vertes et bleues, d’activités inhérentes aux fourmis que sont les porteuses de bois sec, parées de quatre couleurs principales : vert pomme, par le châle qu’elles ajustent nonchalamment sur la tête et même sur les épaules, l’orange de la tunique, deux jupes superposées, dont l’une, rouge, dépasse nettement l’autre, vert pistache. Les marchands de charbon ne font pas recette. Le khât commence à se fatiguer par cette chaleur. Les chèvres et les voleurs éparpillent les derniers brins.

   Dimanche après-midi à Harar, à la fin duquel on finit bien par trouver le temps long et à se demander ce que l’on est venu faire ici. Mais cette question existentielle est tout à fait nécessaire au voyage : on vient à Harar pour vérifier qu’on n’a rien à y faire, surtout un dimanche.

   Dimanche après-midi à Harar, à l’heure où le froid descend, il faut quitter la terrasse et la perspective plongeante sur les porteuses de bois, les vendeuses de légumes, les ânes et les chèvres, pour se réfugier dans la chambre. Murs crème, table taillée grossièrement, aux tiroirs disjoints ou manquants. Pas d’eau. Il faut attendre 18 heures. La fenêtre ferme avec difficulté. Les toilettes sentent l’eau croupissante, l’injera, et la viande de zébu. Les premiers gargouillis résonneront tout à l’heure dans les tuyauteries et ce sera l’annonce de la levée de la punition. Cette poussière permanente incite à se laver souvent, sans raison, vingt fois par jour. Mais avec une seule bouteille d’eau minérale, l’affaire est mal engagée.

          ETHIOPIE - (3) janvier 2006 014-6.jpg

                         (Pas un chat au bar. Une chèvre, peut-être...)

Dimanche en fin d’après-midi à Harar, les cris se font moins forts, les nuages gris envahissent le ciel, les popes se taisent. Les femmes oromos ont déposé leurs tas de bois par terre, sous la menace de gardiens armés de bâtons. Les braseros s’allument le long des murs et les vendeuses de beignets s’enveloppent dans leurs couvertures. Quelques aigles tournoient. Des pas dans les couloirs. Une télé régionale quelque part donne des informations sur la santé d’Ariel Sharon, suivies d’applaudissements nourris d’une foule qui ne semble pas acquise à sa cause. Les chants religieux haussent brusquement le ton mais les prêtres leur coupent vite la parole. Dans quelques minutes une femme passera de chambre en chambre pour colporter la bonne nouvelle aux amateurs de douches et de chasses d’eau.

   Quand la voix du pope s’éteint, les muezzins de la ville reprennent leur souffle et leur mélopée qu’ils entonnent de bon cœur.

 

                   JAC, le 5 février 2010


   LA MAISON DE RIMBAUD, PLEASE ?  2 commentaires
[02/02/2010 10:29]

 

HARAR (4)

6  janvier 2006, Harar, Ethiopie,

 

   « Mon triste cœur bave à la poupe… »

Pourtant ce matin, dans les ruelles blanchies à la chaux, aux parfums tenaces de menthe fraîche et de cacahuètes grillées, il était doux de déambuler. Tout le jour j’ai marché, arpenté les marchés ou les places vides à l’heure de la sieste, observé de loin par une chèvre estropiée ou un vendeur solitaire de beignets au miel. J’ai parcouru tous les souks d’épices, évitant les ânes chargés de bois ou des poules attachées par les pattes à des poteaux. Les poèmes de Rimbaud me venaient aux lèvres…

   Je cherchais sa maison. La vraie. Par recoupements. En suivant les quelques témoignages de rares témoins de l’époque. Place du Marché aux Chevaux, une vieille bâtisse verdâtre, décrépie, m’attirait. Hôtel Harar…Cette résidence délabrée, devant laquelle étaient couchés des mendiants, des clochards, avait toutes les chances d’avoir appartenu au poète.

   Je regardais, couleur de cire, un petit rayon buissonnier, papillonner sur une fenêtre carrée. C’était là. Ce devait être de cette lucarne qu’il contemplait le soir le marché, l’église Medhane Alem, l’enceinte aux petites maisons ocre et bleutées.

               35640005-3.JPG

(Une petite lucarne qui donne sur le Marché aux Chevaux...) 

Je suis entré dans la salle. Sombre. Des tables, des chaises, s’ennuyaient, là, en désordre, tachées de liquides. Des chiffons jonchaient le sol. Un tas de journaux, une caisse de bières, encombraient l’entrée. Des yeux brillants, des regards agressifs dans l’obscurité. Une femme ivre m’a saisi le bras. Elle empestait l’alcool et la poudre de riz. Elle me secouait l’épaule pour m’entraîner quelque part, là-bas, derrière elle, dans un couloir. J’ai résisté. Une radio a crachouillé des informations en langue sémitique au milieu d’un  feuilleton où une jeune fille pleurait touts les volutes de son chant rocailleux. Une main hésitante cherchait en vain la bonne longueur d’onde.

   A ce moment-là, un ivrogne, jeune, un peu rasta sur les bords vert et jaune de son bonnet « Jamaïque », m’a pris par le cou comme pour une confidence. Il m’a demandé en arabe, en anglais, en catimini :

-       What you looking for ?

-       The house of Rimbaud, please…

-       Rambo! Rambo! Rambo yallam! (1)

Il me bousculait, me poussait de toutes ses forces. Sans ménagement des hommes sortis de l’ombre l’ont jeté dehors, parmi les lépreux et les éclopés à béquilles d’infortune. Des femmes hideuses, rangées comme à la messe derrière un vague comptoir, ricanaient et répétaient :

-       Rambo ! Rambo !

   Où étais-je tombé ? Dans un bouge sordide à l’éclairage rougeâtre ? La maison d’Arthur Rimbaud serait donc devenue un bordel dangereux, fréquenté par d’énormes prostituées et des individus dépravés, perdus à jamais pour la poésie mais gagnés pour toujours au culte de Stallone.

         france_paris_vienocturne_lajungle.jpg

 (Un bar un peu glauque, loin, bien loin "des troupeaux et des villageoises" de sa prime jeunesse.)

 

« Que les oiseaux et les sources sont loin ! Ce ne peut être que la fin du monde en avançant… »

   De nouveau sur le trottoir, conspué par quelques bélîtres en faction de la Cour des Miracles à l’éthiopienne, j’étais bel et bien « l’enfant abandonné sur la jetée partie à la haute mer. »

 (1)  Yallam = ne pas, il n’y a pas

20740056.JPG

(Alors, où peut bien être sa maison? Dans une verte comme celle-ci?...

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                 (...dans une rouge comme celle-là?...)   

        JAC, le 2 février 2010

 


   ARTHUR RIMBAUD A HARAR  0 commentaires
[01/02/2010 7:13]

 

HARAR (5)

5 janvier 2006, hôtel Belayneh, Harar, Ethiopie,

 

   17 heures.

   Une 404 Peugeot au toit chargé de fourrage, sur une hauteur de trois ou quatre mètres, n’en peut plus. Les femmes du "marché Chrétien" vendent encore à cette heure des fagots de bois et des plantes aromatiques très longues, inidentifiables, sans doute à brûler pour la cérémonie du café. En bas de l’hôtel les vendeuses de khât ont quitté les lieux. Quelqu’un allume un brasero. Des morceaux de viande grillent. Les taxis sont tous bleu pâle et tous de marque Peugeot. Il leur manque une porte, un phare, un pare-brise, un conducteur.

   La ville compte 90 mosquées. Et elles parlent toutes en même temps. Un camion prétend se garer juste à l’emplacement des marchandes de légumes. Cris et vociférations. Cinq ânes attendent qu’on les libère de leur chargement de rondins. Les muezzins s’égosillent. Sans doute parce que les klaxons ont une fâcheuse tendance à crier plus fort qu’eux.

La lumière s’éteint.

Le froid s’éveille...

 

   La maison de Rimbaud n’est peut-être pas celle, officielle, que l’on visite. Mais elle est belle, toute de bois vêtue, un peu indienne, un peu zanzibarite.

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            ( Jolie maison où Rimbaud aurait pu se rendre parfois.)

             rimb.jpg     

« Arthur photographié par lui-même… ». Attitude posée, sérieuse, non dénuée d’élégance. Puis,  son écriture, pleine, nerveuse, parfois patte de mouche, raturée, hésitante…Il y a là aussi une lettre adressée « à monsieur le Consul », une longue réclamation particulièrement émouvante par son contenu, très prosaïque, en rupture totale avec la puissance de son imagination poétique. C’est un écrit heurté, irrité, dans lequel il tente d’expliquer qu’il s’est fait voler par l’empereur Ménélik. Vient ensuite une fastidieuse liste « de courses », où apparaissent des fusils, des cartouches, des peaux, et même des fruits. Lui ! Rimbaud ! Qui ne parle que d’argent ! Tout cela est bien éloigné des « fronts des palais, l’hiver, un petit wagon rose, par les soirs bleus d’été… »

   Vitraux multicolores. Cette maison fut sans doute propriété d’un riche marchand indien, avec qui il aurait pu faire des affaires. Le dernier étage offre une rambarde circulaire. Le plafond est délicatement peint. Du haut de cette demeure, une superbe vue sur les toits blancs conduit aux mosquées de la ville. La cité était interdite aux non-musulmans, jusqu’à ce que Richard Burton y pénètre en 1854, déguisé en marchand. Premier Européen à franchir les portes de la citadelle, il ouvre la voie à de nombreux négociants indiens, arméniens, grecs, mais aussi français, parmi lesquels Arthur Rimbaud.

   Harar, pour tout dire, est inscrite par l’Unesco sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité. L’église Medhane Alem, construite par le cousin de Ménélik, le père de l’empereur Haïlé Sélassié, à la place de la grande mosquée qu’il venait de faire détruire, résonne de toutes ses cloches, pour tenter de faire taire les muezzins des 90 mosquées…

C’est un tintamarre étonnant, amusant peut-être pendant cinq minutes, mais je plains les habitants des maisons prises entre les deux bâtiments religieux dont les autorités rivalisent de souffle pour gagner la bataille de l’influence.

       20740066-2.JPG

 (La ville aux 90 mosquées et aux...nombreuses églises orthodoxes, lance des appels du matin au soir. Est-elle entendue?)

                    JAC, le 1er février 2010

 



180 notes (30 Pages, 6 par page)
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